Auteur : Adrian Palacios, Leo
Piechl et Francisco
Boninovic
Cerveau et psycho N° 5 mars-mai 2004
Guy de Maupassant était hanté par la pensée
que notre environnement contenait des
signaux physiques que nous ne pouvons
pas voir, parce que nous n’avons pas les
organes appropriés, tout comme une taupe
ne peut avoir conscience de la lumière.
Il imaginait que, dotés de nouveaux organes,
nous verrions le monde différemment.
L’œil humain ne voit la lumière que dans une gamme de
fréquences s’étendant du bleu au rouge.
Les fréquences supérieures au bleu nous
sont inaccessibles.
Que
verrions-nous si nous avions un organe
capable de voir les rayons ultraviolets ?.....
Au
terme de millions d’années d’essais
et d’erreurs génétiques, l’évolution
a résolu un problème posé par la physique :
la formation d’images et leur
conversion en signaux nerveux à partir
de ce que nous voyons.
L’œil est apparu en plusieurs étapes, la plus simple
étant constituée de quelques cellules
photosensibles dans un épithélium, puis
sont apparus les yeux à facettes des
insectes et enfin l’œil dit camérulaire,
constitué par un globe laissant passer
la lumière et la focalisant sur une
rétine.
Certains animaux ont encore le gène du pigment ultraviolet
présent dans leur rétine, permettant
une vision ultraviolette, tel un rat
des terres australes, le rat degus.
Cette vision a disparu chez de nombreux autres animaux,
dont la plupart des mammifères dont
le spectre visible s’étend du bleu au
rouge.
Nous humains, comme les autres mammifères, sommes aveugles
à l’ultraviolet qui décore pourtant
le plumage coloré des oiseaux, qui attire
les abeilles et les papillons vers les
pétales de fleurs.
Notre vison est déterminée par
des besoins écologiques.
Il
est très peu probable que les autres
animaux voient le monde comme nous.
Par
exemple, la plupart des singes ne voient
qu’en deux couleurs, car ils n’ont que
deux pigments rétiniens. (le plus souvent en vert et bleu).
Pourquoi voyons-nous toutes les couleurs du spectre ?
Parce que certains de ces singes, il y a plusieurs millions
d’années, ont trouvé une niche écologique
en distinguant les feuillages verts
des feuillages rouges, plus mûrs et
plus comestibles.
Ainsi, l’apparition d’un pigment rouge dans la rétine
a été favorisée. Il est probable que
nous ne verrions pas toutes les couleurs
si nos ancêtres ne s’étaient lancés,
à un moment de leur évolution, dans
une voie consistant à se nourrir de
feuillages……
Dans les grandes profondeurs de l’océan, les poissons
adaptent leur vision au peu de lumière
qui y parvient.
Dans ces abysses domine le bleu, et la rétine des poissons
renferme un seul type de photorécepteur,
un bâtonnet, sensible à la lumière bleue,
et leur rétine est dotée de photorécepteurs
sensibles au bleu.
A
mesure que l’habitat du poisson se rapproche
de la surface, d’autres couleurs de
l’arc-en-ciel apparaissent et enrichissent
son répertoire visuel ; à la surface
de l’eau, l’œil du poisson exploite
la plus ample fenêtre chromatique, de
l’ultraviolet au rouge…..
Notre perception de la réalité a été déterminée par des
circonstances souvent aléatoires, et
sans la curios ite de nos ancêtres qui
ont goûté des feuilles rouges, notre
vision du monde eût sans doute été bien
différente.
D’après Adrian Palacios, Leo
Piechl et
Francisco Boninovic Cerveau et psycho N° 5 mars-mai 2004